Thursday, April 20, 2006

Chinese Bombs



Hong-Kong

La société chinoise est une caricature du monde. Délivrés du culte de la personnalité de Mao, les Chinois sont rentrés de plein pied dans le culte de l'argent, l'idéal du nouveau riche tartiné à l'occidental. Un idéal fraîchement bâti et l'impression que le pays est passé de l'obscurantisme communiste à l'absolu libéral d'un jour à l'autre sans passer par des stades intermédiaires. Une sensation d'instabilité intégrale flotte, comme si les couches, les étages, les fils électriques, les pancartes publicitaires, les lignes blanches, les odeurs tenaces de cuisine de rue, allaient s'entremêler et s'écrouler dans un grand fracas, tout est si serré, si petit, si extrême. Des jungles abondantes et verdoyantes, bloquées par d'épais grillages, sont juste à coté de centres regorgeant d'hommes à toute heure du jour et de la nuit; la séparation affolante entre quelques coins stérilisés et la plus crasse des misères s'étendant comme la peste. Les Chinois en sont arrivés à vivre à tout moment dans l'excès: ils pourront travailler deux ans d'affilés, s'asseoir sur toute forme de vie sociale, de détente ou de n'importe quoi, prendre deux semaines de vacances et tout claquer dans une orgie monumentale de souvenir kitsch et d'hôtels luxueux, de bites à gogo ou de casinos au choix. Pour des gens qui y viennent, il reste un goût amer dans le plus pur genre de "lost in translation", quelque chose se cache sous les sourires mercantiles, mais on ne sait jamais quoi, peut être une lasse habitude acquise par automatisme, une sorte de lobotomie forcée par le gouvernement (dictature) pour vendre, ou alors un mépris cordial tellement impeccable qu'il en devient complètement irréprochable - ou encore simplement un réel sens du service. Pour ne froisser personne, on se contente de contempler sur le cul cette alchimie de vieux et de neuf, de sauvage et de parfaitement civilisé, comme si les deux formaient une boucle et finissaient par se rejoindre dans la folie des grandeurs.
Les foules sont si opaques qu'on ne distingue rien, on ne capte aucun visage, quelques mines vaguement maussades ou songeuses, des uniformes de collèges privés ou publics immédiatement classés selon l'état de leurs blasons, et cette odeur de bouffe inidentifiable, ces marchés gigantesques, ces centres commerciaux fashions, le tout plombé les 3/4 du temps par des pluies torrentielles et des chaleurs asphyxiantes. Les hommes sont emmurés vivants dans la cité, il y a beaucoup trop de monde pour une vie normale, il faut déjà essayer d'exister dans tout ce bordel organisé. On peut passer une vie sans que personne ne s’en rende compte. Face au néant, fonds toi à la masse ou disparaît. Et ferme ta gueule, tu vas te prendre un char de Deng en pleine face. A coté de ça, un charme très paradoxal se dégage, celui d’être dans un rêve ou un cauchemar, on ne sait pas trop, un peu perdu dans les brouillards matinaux des collines avoisinantes. Le sentiment que soit la vie doit être grande, soit elle ne doit pas être.

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